Huaraz ou la Suisse Andine

Huaraz est la capitale des alpinistes péruviens, coincée entre la Cordillera Blanca et la Cordillera Negra, les deux grands massifs du pays. La ville est probablement la ville la plus moche que j’ai jamais vue devant Lorient et Brest. Comme ces deux villes bretonnes, Huaraz a été entièrement détruite et reconstruite dans l’urgence, non pas à cause des bombardements de la Seconde Guerre Mondiale (comme Lorient et Brest, si vous ne saviez pas), mais à cause d’un tremblement de terre en 1970.

En plus d’être vraiment pas belle et plutôt pas finie, la ville est peuplée de chiens errants (mon angoisse absolue après les chats errants et non errants) qui saccagent les poubelles sur les trottoirs. Même la Plaza de Armas et l’église sont comme à l’abandon. Donc dans la forme ça n’a rien à voir avec les très jolis petits villages très propres de la Suisse.

Alors pourquoi aller à Huaraz ?
Parce que c’est la porte d’entrée des treks incroyables de la cordillère.

Mais avant de partir en trek dans la cordillère, il faut impérativement s’acclimater à l’altitude. Huaraz est à 3200m au dessus du niveau de la mer, et pour y arriver il faut déjà passer un col à 4800m en car. Le trajet de 8h30 se passe vraiment bien quand tu prends une super compagnie (Cruz del Sur) et un siège VIP. C’est la découverte des petits villages de montagne particulièrement pauvres.

On commence la route par les bidonvilles le long de la route Panamerica Norte, puis dans la montagne. Toute les habitations semblent ravagées, abandonnées, extrêmement pauvres.

J’ai fait un petit stock de Caramelos de Coca avant de partir pour les 8h de car, au cas où. A un moment j’avais l’impression de mal respirer. On etait à 200m d’altitude hehe… Maps.me permet de suivre l’élévation, très pratique !

Et enfin l’arrivée à Huaraz.

L’adaptation à l’altitude

Ou comment s’occuper dans la ville moche. Le soir à mon auberge, ça va a peu près mais il fait très froid. Au point que je dors avec ma doudoune Uniqlo. Je suis réveillée au milieu de ma nuit avec un violent mal de tête, le début des effets du mal de l’altitude pourtant vraiment pas violent que je vais subir pendant une journée.

Je me réveille tard, franchement fatiguée. Mais il fait bon et le soleil brille, un bon point. Je décide que ma journée sera cool et je me trouve un café dans le centre ville. C’était sans compter sur les marches (une 40aine) et la montée pour rejoindre le centre ville. Je suis essoufflée même en marchant à plat, l’oxygène me semble rare j’ai la tête qui tourne et la nausée. Tout va bien, ce sont des symptômes normaux ! Après des pancakes et une salade fruit ça va mieux (je passe sur le fait que j’ai dû demander au serveur si je pouvais m’allonger par terre parce que gros vertige…) et je décide de profiter du soleil ! Je commence à marcher vers la Plaza de Armas quand je tombe sur une procession religieuse colorée avec de superbes danses traditionnelles ! Excellent moyen de découvrir les tendances de la saison des femmes dans les Andes !

Ca doit être psychologique mais entre la fête (je suis la procession dans la ville pendant 1h30) et les bonbons à la coca, le mal est parti. Il ne me reste que l’impression de revenir d’un marathon à chaque fois que je marche alors je me force à ralentir… Pas facile quand on connaît ma foulée de parisienne.

Wilcacocha, marche d’adaptation (ou pas)

Le lendemain je pars avec une autre française tôt le matin pour une marche d’adaptation. C’était sans compter sur le fait que la plupart des gens qui viennent à Huaraz sont des alpinistes chevronnés pour qui la randonnée jusqu’à ce petit lac peut se faire à cloche pied. Elodie, la française avec moi vit au Pérou et ça rend les choses très pratiques : plutôt que de prendre un taxi jusqu’au début de la rando on prend un combi, une sorte de van wolswagen réaménagé en bus bien serré avec des locaux.

Le combi nous dépose au point de départ. On remarque qu’il y a une route sur laquelle les taxis montent les gens jusqu’à leur village ou jusqu’à la lagune, mais on ne va pas renoncer avant même d’avoir essayé ! Il fait très chaud, l’oxygène manque et la randonnée démarre par une grosse côte. Ça ne va pas être simple. On fait des pauses toutes les 3minutes, essoufflées…

Plus on monte, plus la vue sur les sommets enneigés est extraordinaire. Et enfin on arrive à la petite Lagune ! Devant nos têtes rouges et épuisées, des locaux qui habitent à côté nous offrent des pommes de terre cuites sous terre ! Pas le meilleur en-cas au monde mais on était prêtes à prendre de l’énergie partout. Un peu de beurre salé aurait été le bienvenu.

La redescente est raide mais bien moins difficile sur les poumons. En redescendant on est attaquées par un chien plutôt petit mais je suis tellement heureuse d’avoir mes bâtons de marche pour lui faire peur. Un conseil : toujours avoir deux grosses pierres dans sa poche, just in case. Et des batons de marche. A Huaraz je les prenais même juste pour aller dîner (il y avait des chiens errants partout !).

Glacier Pastoruri

Nouvelle journée, nouveau défi. Aujourd’hui je décide de (relativement) reposer mes jambes et tout miser sur l’altitude. L’objectif : monter jusqu’au glacier Pastoruri, à 5100m d’altitude. Départ très tôt comme pour toutes les excursions au Pérou, dans un mini bus assez rapide. C’est l’un des rares glaciers de cette taille dans la zone tropicale de l’Amérique du Sud. Hélas il a perdu 22% de sa taille en 30 ans, et sa fonte s’accélère… Le mini bus nous dépose finalement assez loin, il reste 400m de dénivelé.. Dur dur dur.

Au passage on va voir une plante extraordinaire : Puya raimondii, la reine des Andes, à qui il faut 100 ans pour atteindre sa taille de 10m de haut et fleurir une ou deux fois seulement entre temps !

Laguna 69, meriter sa beauté

Maintenant que l’altitude passe mieux, et la rando aussi, c’est parti pour l’ascension jusqu’à la laguna 69. Le départ se fait à 3h30 du matin, pour 3h de car. La rando est difficile : 14km, 1000m de dénivelé positif, arrivée à 4600m.

Avant d’arriver au point de départ, on passe par le lac de Llanganuco, d’un turquoise sublime. Limite je me dis qu’on pourrait ne pas monter à la laguna 69 et se contenter de celui là… Les rives sont bordées de paper trees dont le tronc semble être en papier de soie, et à chaque rayon de soleil le lac change de couleur. Aucun filtre sur ces photos.

Allez c’est parti pour la Laguna. Plusieurs phases : on démarre à plat dans une vallée magnifique, entourée des plus grands sommets du parc national Huascaran. Le Huascaran justement, plus grand sommet du Pérou dont le col enneigé culmine à 6768m, ou l’Artesonraju qui est le symbole de Paramount (poke jue).

Et puis ça monte… Jusqu’à un premier petit lac. Un peu de plat et c’est la montée de l’enfer : 1h de lacets en plein soleil. Des gens vomissent sur le bord du chemin, d’autres sont au bord du malaise, tout le monde respire mal. Je remercie mon corps et mes bâtons de marche à chaque pas.. Doucement mais sûrement…

Bientôt il n’y a presque plus de végétation. Et enfin…

La lagune change de couleur avec les nuages et les rayons de soleil. Arrivée en haut je n’arrive pas à retrouver mon souffle. Rien n’y fait ni l’eau, ni me reposer… L’effort était intense, il est 13h il fait très chaud… Je vais quand même toucher l’eau glacée, mais en remontant je suis prise de vertiges alors je décide de démarrer la descente doucement. Génial tous les touristes commencent à arriver là haut, il n’y a donc plus personne en descendant ! Magnifique….

Cette journée à été la plus difficile mais la plus rewarding!

Chavin de Huántar, l’une des première civilisations péruviennes

Pour la dernière journée je décide d’alterner un peu avec de la culture ! A 3h de car de Huaraz, le centre névralgique et religieux de la puissante civilisation Chavin, qui régna entre 1000 et 200 avant JC.

Le site, inscrit au Patrimoine mondial de l’unesco, se distingue par son ingéniosité. C’était le centre religieux de la civilisation, où la foule venait savoir quand les pluies arriveraient, ce qu’il fallait sacrifier et ce que voulaient les dieux. Ils n’avaient accès qu’aux marches où se trouve la pelouse. Les prêtres avaient supervisé la construction du site et créé des tunnels en dessous, faisant dériver un torrent afin que, en ouvrant des trappes en bois, l’eau coule à flot, créant des tremblements et beaucoup de bruit ! C’était censé montrer que les dieux étaient présents. Ingénieux non ? Les visiteurs devaient également boire une potion hallucinogène faite à partir du cactus San pedro. L’effet artistique devait être incroyable, puisqu’il semblerait que le San pedro permette de voir des couleurs et des sons jamais envisagées avant (oui voir des sons tout à fait. Tout est possible.). Le site est particulièrement connu pour les têtes de représentations de dieux dans les murs.

Évidemment c’est loin de Huaraz mais la route est incroyable et rien que ça ça justifie d’y aller !

Et c’est déjà la fin pour la parc Huascaran. J’aurais adoré faire le trek de Santa cruz ou un autre sur 4 à 8 jours, mais comme c’était mes premiers jours en altitude j’ai préféré ne pas forcer. Il y aura d’autres treks, n’allons pas nous faire mal. Je reviendrai.


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