Salkantay Trek, mon moment Mike Horn

Parfois j’exagère un peu c’est vrai, mais honnêtement j’ai lu Latitude zéro, de Mike Horn et ça m’a paru proche de l’expérience de mon Trek Salkantay.

Après un très beau week end à Cuzco, finalement vient le moment redouté : le dimanche soir. Oui même en voyage on peut redouter les dimanches soirs ! Surtout quand il s’agit de préparer mon premier Trek : 4 jours de marche pour arriver au 5eme jour au Machu Picchu. C’est l’un des chemins utilisés par les membres de l’empire inca, pas le plus connu, mais le plus escarpé.

Donc dimanche soir, mon guide Juan vient me briefer à l’hôtel : départ prévu le lendemain à 4h du matin, avec un petit sac à dos et un gros sac à donner aux mules. On revoit ensemble le parcours de ces prochains jours et Juan répond (en français !) à toutes mes questions. Au total on va marcher un peu plus de 70km, passer par un col à presque 5000m d’altitude, descendre de 2500m dans la jungle, soit traverser 3 types de climats bien distincts. Ah et ne pas se doucher pendent 3jours aussi.

Pour ces prochains jours mes affaires doivent tenir dans ces deux sacs : un pour moi et un pour les mules !

Apres beaucoup d’hésitations, la sélection finale.

Profiter une dernière soirée de la cheminée de mon super hôtel.

Jour 1 – ouf des bretons

Apres une très courte nuit c’est déjà presque le départ. Et pendant que la ville dort, je prends une dernière douche bien chaude, un poil trop longue vs mes ambitions écologistes. Et… En voiture Simone ! Dans le van je rencontre notre cuisinier et mes 2 Co voyageurs (oui j’ai payé cher pour une agence qui ne prend que 6 personnes max, et on est 3 finalement)… Ils sont bretons !!! On est re-faits de se rendre compte qu’on vient de la même région. Ils sont de Carhaix mais parlent sans accent.

Disclaimer : j’entends déjà les non-bretons crier à mon independantisme latent, que la France est une et indivisible et que si on n’est pas contents on n’a qu’à manger nos poireaux et nos patates dans notre coin. Je m’en fiche j’assume : je suis ravie d’avoir Lydie et Jérôme avec moi et je sens déjà qu’on va bien rigoler, parce qu’ils sont bretons et moi aussi. 👌🏽

Bon pour l’instant on rigole pas beaucoup, il est 4h du matin il fait noir et on part pour 3h de minibus pour rejoindre le muletier et le départ du Trek. D’abord sur de la route puis sur de la piste… Ça monte raide, je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est toujours ça qu’on ne fait pas à pied… Même si je sais que je suis venue pour marcher.

On arrive finalement au point de rencontre avec le muletier et les mules : il charge tout sur les animaux et prend la route. Lui et le cuisinier auront tout préparé pour notre déjeuner ! Nous on démarre à pied le long d’un ancien canal inca proche du village de Marcocasa (3400m d’altitude). Il fait gris, il se met à pleuvoir des flocons, et je repense à cette phrase des Fourberies de Scapin : « mais qu’allais-je donc faire dans cette galère ? ».

Coucou les copaings.

On aperçoit déjà les montagnes beaucoup plus hautes qu’il faudra monter demain…

Mais pour l’instant ça va notre guide fait des arrêts fréquents pour nous expliquer sa culture et l’ histoire du Pérou et Incas. Peut être qu’on pose pleins de questions parce qu’on est très intéressés mais aussi pour gagner du temps de récupération…

Et enfin on arrive au camp dans lequel on passera la nuit. Le déjeuner est déjà prêt : on est glacés et la soupe est chaude… Les tentes sont montées, avec toutes nos affaires à l’intérieur. Quelqu’un me chuchote à l’oreille « glamping », j’assume.

Après déjeuner, on part s’allonger dans les tentes… Je m’endors immédiatement, malgré le froid. Mais le repos est de courte durée on part pour la Laguna Humantay, notre ascension de l’après midi !

En soi c’est censé être une promenade de santé en comparaison de l’ascension prévue pour demain. Mais les experts diraient que c’est plutôt un entraînement assez difficile. On doit monter de 500m sur une pente raide et sous le crachin.

Je suis contente d’être allée m’habituer à l’altitude à Huaraz avant, parce qu’à cette altitude l’air est déjà faible en oxygène. Mais je me surprend à être plus à l’aise : un petit pied devant l’autre, doucement, j’arrive en haut sans avoir besoin de trop prendre de pauses.

Et l’arrivée ne déçoit pas. Le ciel est couvert , ce qui donne cette couleur foncée au lac, mais c’est magnifique et je suis reboostée !

A tel point qu’avec Jérôme nous décidons de monter sur les crêtes sur le côté ! On ne nous arrête plus. Et on fait bien, puisque juste à ce moment là les nuages disparaissent et le lac devient bleu vert clair !

On est bluffés par ces couleurs. De l’autre côté, un pâturage magnifique.

En plus on est tout seuls.

On redescend contents. Quand on arrive le goûter et le dîner sont prêts. Demain matin le réveil est prévu à 4h pour commencer à marcher à 5h… Alors à 19h après un bon repas chaud on file dormir. Il fait déjà extrêmement froid, mais ça ne va aller qu’en empirant. Je porte toutes mes couches de vêtement pour dormir, même ma doudoune et mon bonnet, dans mon sac de couchage prévu pour -10 degrés. Vivement le jour ?

Jour 2 – de la neige à la jungle

Le réveil a 4h est glacial. Notre muletier vient nous réveiller avec du maté de coca brûlant : ça nous réchauffe et c’est censé faire passer le mal de l’altitude… On déjeune rapidement puis on se met en route vers le pic du Salkantay.

On était prévenus que cette journée serait la plus difficile, on ne savait pas encore à quel point. On a 3h pour monter 1000m sur une pente très très raide, pleine de cailloux. Il fait froid, très froid.

On croise des chevaux sauvages. Notre muletier et notre cuisinier sont partis après nous, ils ont fait la vaisselle et remballé tout le materiel de cuisine et de camping, mais ils nous dépassent joyeusement en courant dans la montée avec des petites sandales toutes abîmées. Ils doivent passer le col avant nous pour pouvoir préparer le déjeuner un peu plus loin dans la descente… Nous avec nos supers équipements et nos chaussures on a du mal…

Notre guide essaie de nous encourager, Lydie partage son petit déjeuner avec les cailloux, moi je respire aussi bien qu’un asmathique en pleine crise… Et enfin on arrive au pic du Salkantay !

Ne vous laissez pas berner par cette photo. On a l’air en super forme mais c’est un peu trompeur. Comme à chaque rando, quand je vois qu’on arrive j’ai un grand regain d’énergie ! Mais… Arrivée en haut, essoufflée, je n’arrive plus à reprendre mon souffle et alors que je m’assois la tête me tourne, j’ai la nausée… Lydie décide de laisser une trace de ses sucs gastriques sur les rochers et moi je crois que je vais faire un malaise. On s’en fout on l’a fait, et après une petite cérémonie pour la Pachamama (la Terre Mère), on commence la descente de l’enfer.

Parce que étonnement, la difficulté de cette journée ça n’est pas les 1100m de dénivelé positif, mais les 2500m de dénivelé négatif derrière.

La descente commence raide, entre les rochers sur un terrain très accidenté. Après plusieurs heures on arrive au camp du déjeuner, claqués et nauséeux. Nos petits corps de bretons ont été construits pour affronter les 400m de hauteur des monts d’arrée, mais des pics andins.

Les corps de Lydie et moi refusent unilatéralement d’avaler le déjeuner et on file faire une micro sieste par terre. #desperate.

Et c’est reparti pour la descente extraordinaire qui tue les genoux. Et très vite le climat et les paysages changent completement.

On arrive enfin dans « l’enfer vert » de. Mike Horn, la végétation devient très abondante et l’humidité s’accentue. Un condor, magnifique, passe au dessus de nous, présage heureux.

La descente dure 5 ou 6h, on veut arriver. Et n’allez pas croire que nous sommes des chochotte : on croise un néo Zelandais assez fit, dont le guide a dû faire venir une mule du village pour le descendre du Salkantay… En passant près de nous il arrête la mule, vomit sur le côté puis fait un malaise… Cette journée est intense même quand on est bien préparé.

Arrivés au camp, les mules se détendent dans la pelouse (très flippant) et on se détend en partageant une bière. On n’est pas les derniers, on est assez fiers.

Jour 3 – l’enfer vert

On n’a pas fait de vieux os hier. On n’a même pas joué aux cartes, on est partis dormir, après que Lydie et Jérôme m’aient fait croire qu’un chat était rentré dans ma tente #panique.

Aujourd’hui la difficulté est moins importante : on va monter et descendre dans la jungle, il va faire très chaud et très humide. Le changement est radical avec la veille !

Je décide de randonner en short et subis les moqueries de Juan avec ma manie de me vider mon spray anti moustique dessus à chaque pause. Jusqu’à ce qu’il se fasse bouffer par un moustique particulièrement sauvage et qu’il m’emprunte mon spray, bien efficace.

La journée est magnifique, on passe des cascades, des rivières, et des tonnes de plantes.

Mais petit froid avec notre guide, Juan. Alors qu’on passe près d’un autre groupe, l’autre guide lui demande en espagnol comment est notre groupe… Ce que Juan oublie apparemment c’est que je parle l’espagnol (puisqu’on parle en français avec lui)…Juan lui répond qu’on est lents,  » pire que des escargots ». Bon on n’est peur être pas les plus rapides mais on est loin d’être les plus lents, et l’intérêt de payer le double des autres pour être 3 c’est aussi de ne pas se mettre la pression sur le rythme non ? J’en parle avec mes bretons qui partagent mon avis et on décide de continuer à notre rythme, toujours soutenu mais sans courir. Juan fait la tête et marche loin devant, on essaie d’aller plus vite mais on est devant la plupart des groupes et notre objectif n’est pas d’arriver les premiers. Du coup on passe un peu vite sur un des gros points d’intérêts de la journée : la découverte des orchidées sauvages. Juan a tellement peur qu’on traîne qu’il répond à peine à nos questions.

On s’arrête néanmoins dans des plantations de café et de fruits de la passion locaux. Les autres groupes jouent au foot, nous on peut à peine s’assoir Juan veut déjà qu’on reparte. Ca ne gâche pas non plus la journée mais il veut qu’on se presse. C’est dommage.

On arrive enfin au village où nous allons passer notre dernière nuit de camping, et on va faire un tour aux sources d’eau chaude pas loin. Bonheur suprême de se sentir presque propre, de sentir l’eau sur son corps, de pouvoir se savonner !

On finit la journée en rigolant bien. Mais la nuit… Je me réveille avec de grosses piqûres sur les jambes. Impossible d’identifier un coupable dans ma tente avec ma lampe frontale alors que m’enveloppe dans mon drap anti insectes mais c’est trop tard. Je me réveille avec d’énormes piqûres sur tout l’arrière des cuisses…

Jour 4 – sur les rails

La 4eme jour est la journée de transition. Finalement il nous reste que 5h à marcher, donc la matinée est censée être passée dans un petit centre avec tyrolienne. En soit ça a l’air trop cool mais le petit déjeuner nous a retourné l’estomac à Lydie et moi… Alors on n’est pas sereines à l’idée de s’élancer dans les airs, on laisse ça à Jérôme et on se pose très tranquillement sur la terrasse. Notre guide est parti draguer, on est posées tranquilles à lire et ça fait du bien.

On démarre ensuite la dernière partie du Trek : la montée jusqu’au village le plus proche du Machu Picchu, Aguas Calientes. Toujours dans la jungle, on monte à pied le long de la voie ferrée !

Bon soyons honnête on fait aussi une petite sieste lors du déjeuner… On marche une grosse vingtaine de km par jours depuis 3 jours dans des conditions assez extrêmes, on a hâte d’y être. Tellement hâte qu’on marche vite et que cette fois ci c’est notre guide qui est à la traîne !

On est les premiers surpris d’arriver aussi vite ! Et finalement après plus de 70km de marche, on est au village le plus proche de la cible !

Attention c’est gore, vous pouvez vous arrêter là !

J’en profite pour aller à la pharmacie faire checker mes boutons… Et c’est vraiment pas beau. Ils ont muté en des sortes de pustules blanches horribles que je sens à travers mon pantalon. Et ça me démange à mort… Mais apparemment c’est ma peau qui fait une réaction allergique à un simple moustique. J’ai des doutes sur le diagnostic mais je prends la crème prescrite et je prie pour que ça parte sans laisser de trace.

Allez avoue t’es là pour voir la photo ? La voilà. Et demain… LE Machu Picchu.


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